LA CHRONIQUE DE PIERRICK CHARMASSON – 1990 Nîmes découvre le phénomène CHAMACO

LA CHRONIQUE DE PIERRICK CHARMASSON – 1990 Nîmes découvre le phénomène CHAMACO

LA CHRONIQUE DE PIERRICK CHARMASSON – 1990 Nîmes découvre le phénomène CHAMACO

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Début 1990, Nîmes la romaine, se relève à peine des crues terribles d’octobre 1988, la cité des Antonins, frappée dans sa chair, panse encore ses plaies lorsque débute la première temporada de la nouvelle décennie.

Coté tauromachique, rien de quoi rendre le sourire à une aficion qui cherche sa figure de proue, au moment où les vedettes de l’époque, Manzanares père en tête, commencent à agacer, déjà, le public de l’amphithéâtre … Paco Ojeda vient de s’enfermer sans succès probant face aux toros de Miura et seule la corrida de Guardiola qui vit Nimeno II s’imposer en grand devant son public reste pour le souvenir. Et c’est justement pour son enfant chéri, blessé grièvement par Panolero de Miura en Arles le 10 septembre 89, que Nîmes prie de toute son âme…

Denis Loré, l’autre torero local entame une prometteuse étape de novillero, lui qui ouvrit la Porte des Consuls en 1988 devant des novillos de Manolo Gonzalez.

Les années 1990 représentent alors l’époque dorée pour les novilleros. Finito de Cordoba, Denis Loré donc, Jesulin de Ubrique, Marcos Sanchez Mejias, Manuel Caballero, Antonio Manuel Punta ou Erick Cortes entre autres… Mais un nom déclenche à lui tout seul l’enthousiasme du tout Nîmes : CHAMACO !!

Lorsqu’il se présente pour la première fois, en février 1990, sous la bulle, le natif de Huelva est un parfait inconnu. Montera en main pour le paseo, son naturel intrigue, les cheveux tout ébouriffés, façon « espeloufi », on est loin de la coiffe aujourd’hui soigneusement gominé du beau Jose Maria… Non, Tono comme l’appelle ses plus proches amis, est loin du parfait mannequin, lui c’est plutôt l’électricité constante, plus rockeur que playboy…

Ce jour-là, c’est un véritable cataclysme que va déclencher ce jeune garçon de 17 ans. Il surprend, enthousiasme, déchaine les passions, divise évidemment mais Tono met la bulle en ébullition. Le début d’une idylle avec le peuple nîmois.

A la sortie des arènes, grands et petits, un manteau, une écharpe ou un journal en main s’amusent à imiter le tourbillon Chamaco. Nîmes la magnifique avait succombée au « chamaquisme ».

Il fut affublé de tous les qualificatifs : Survolté, insolent, virevoltant, rock, punk, incontrôlable ou rebelle. Mais c’était tout lui. Pas question de se fondre dans le moule, de suivre les règles, d’appliquer les codes à la lettre. Il y avait un code « Chamaco ». Il a surpris, ravi, ébloui mais aussi irrité les plus rigides, et ceux qui se plaisaient à voir les même leçons récitées par les « grands » à chaque passages…

Avec sa façon très singulière de citer les toros, d’enchainer les muletazos, de provoquer et même de se déplacer en piste, Tono venait de bousculer mettre un coup de pied dans la fourmilière.

Ne rien faire selon règles était inscrit dans son ADN, lui le fils de torero, déjà riche avant de se mettre dans toutes les positions possible devant les toros. Son patriarche, « Chamaco » déjà, avait connu une brillante carrière de matador, il était adulé de l’aficion barcelonaise et avait tout fait pour éloigner son rejeton du milieu. Il inscrit Antonio dans un collège anglais, pour ses études, qu’il poursuivit jusqu’à Oxford… Mais ça, Tono ça le gonflait copieusement, à tel point qu’il décida de tout plaquer, de retraversé la Manche et de rentrer dans son Huelva natal pour se mettre devant le seigneur toro, c’était là qu’il voulait être…

Durant cette période dorée comme novillero, des oreilles et des queues, il en coupa à la pelle, démesurément … A Nîmes surtout, où il s’est produit près de vingt fois… Parmi toutes ses tardes pour le souvenir, l’aficion nîmoise se souvient inexorablement de ses oppositions avec Jesulin de Ubrique, l’autre prodige du moment… Un matin de Pentecôte, une des matinées ou les antonins se remettent difficilement d’une soirée de fiesta allègrement mouvementée, le duo, fait historique remplit l’amphithéâtre jusqu’à la cime. Plus aucuns billets à la vente à l’heure du paseo. De ma jeune mémoire d’aficionado il me semble que seul Jose Tomas un matin de septembre 2012 y est arrivé depuis… Une matinée pour l’histoire donc ou le succès fut total, des oreilles et des queues en pagaille et un public, qui à peine remis de sa cuite de la veille goute de nouveau à l’ivresse.

Une autre date, celle du 22 septembre 1990, ou le trublion Chamaco partageait l’affiche avec Finito de Cordoba et Manuel Caballero, un cartelazo en novillada, devant les pupilles de Jandilla. Face au dernier novillo de la matinée, le natif de Huelva fit trembler les étagères, du confortable boudin du premier rang jusqu’en haut et ses foutues pierres romaine qui endolorissent les postérieurs…

Suite à cette nouvelle matinée triomphale, une bande de copains, joyeux fêtards et chamaquiste conquis décidèrent de renommer la rue des Patins, proche de la place du marché, à l’angle du célèbre bar le 421, en la « Calle Chamaco »… 28 ans après, cette plaque est toujours là et l’on se remémore toujours les bourrasques de l’ouragan Chamaco…

La suite logique de cette brillante étape longue de deux années, fut l’alternative, ou Antonio Borrero, de son nom à la ville, fidèle à sa ligne de conduite se présenta avec un costume pour le moins original, comme lui. En effet le tailleur Christian Lacroix avait eu à sa charge de concevoir le costume de la cérémonie. Un costume sur fond blanc cassé et parsemé à l’excès de détails exquis…

L’alternative donc, elle arrivera le soir du 6 juin 1992. Dans son costume original Chamaco « le nîmois » s’avance au paseo aux cotés de Paco Ojeda, qui était le même jour, au cartel de la corrida matinale et de Fernando Cepeda. Il débuta bien au capote, face à « Canalla » marqué du numero 6 et appartenant à la Ganaderia Juan Pedro Domecq. Après que son parrain, Paco Ojeda lui cède les trastos, il ne put rien face à un opposant dépourvu de qualités qu’il tua rapidement. Face au sixième, le chouchou de l’aficion nîmoise, put enfin montrer ce que tout le monde était venu voir et fini par couper les deux oreilles synonyme de grande porte. Pas celle des Consuls qu’il connait par cœur, mais l’autre, la petite…

Désormais matador de toros, le torero onubense, peine à faire perdurer l’ambiance qui était la sienne à l’échelon inférieur et ne connaitra guère de succès, même à Nîmes ou une de ses dernières prestations face aux toros de Pahla, aux côtés de Ferrera et Denis Loré sonna le glas de sa carrière de maestro.

Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse dirons-nous… et de l’ivresse il en fut question, et en grande quantité lorsque le nom du déjanté Chamaco était annoncé dans la cité des Antonins. Un nom, qu’il gravât à jamais dans ces pierres millénaires, qui en ont vu tellement avant et après…

Une identité, une joie, un art de vivre, une fête, des cris, des disputes, des triomphes et de l’ivresse donc, tout cela pour un seul apodo : CHAMACOOOOOO.

*chamaco

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