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LA CHRONIQUE DE PIERRICK CHARMASSON – Que reste-t-il de toi Jose Antonio ?

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LA CHRONIQUE DE PIERRICK CHARMASSON – Que reste-t-il de toi Jose Antonio ?

Pour un morantiste comme moi, parler du génie de La Puebla c’est comme une lettre écrite d’un fan à son idole, sauf quand l’idole agace… c’est se partager entre espérance et désespoir…

Dans ce texte Jose Antonio, je vais te tutoyer. Après tout avec toutes les fois où tu t’es foutu de moi j’ai la prétention de pouvoir le faire.

Lorsque je parle de toi, les conversations tournent souvent autour de ça:

– « Morante c’est celui qui toréer le mieux ! »

– « oui bah moi ce type je l’ai jamais vu bon »

– « Oui mais le jour où il est bon tu t’en souviens longtemps, tu regarderas la demi Véronique qu’il a fait à Séville. »

– « Oui enfin bon 50€ pour une demi Véronique ça fait cher, c’est un guignol il est complètement fou »

Est-ce que mes interlocuteurs ont complètement tort? Je ne crois pas.

A chaque fois que j’ai mené quelqu’un aux arènes pour te voir tu nous as flanqué un pétard terrible. La dernière fois c’était à Arles pour la goyesque de 2016. J’avais prévenu mes amis: « attention avec lui c’est tout ou rien! Tragique ou magique ! »

Et tu n’as rien trouvé de mieux que de porter l’épée au bout de 2 minutes de faena et devant un toro qui n’avait rien d’un diable. Bronca évidemment. Les collègues ne comprennent pas et voilà que tu vas nous « cuajer » le quinto, qui n’avait pas beaucoup plus de qualités que ton premier… comment expliquer l’inexplicable? « C’est ça Morante ».

T’es pénible comme gars. Aussi imprévisible qu’un chien fou. Tu m’énerves! Ma femme ne te supporte plus et aucun de mes faibles arguments ne font écho chez elle. Tu risques de me coûter cher si à chaque fois que tu te produis dans ta Maestranza, madame s’en va faire chauffer la carte bleue Calle Cierpes!!!

Tu es le torero pour lequel je pourrais faire des milliers de kilomètres mais aussi le seul torero que j’ai copieusement sifflé. Une seule fois en plus de 20 ans de corrida. Avoue que ce jour-là à Istres tu t’étais bien moqué de nous!

Et depuis? Depuis tu as trimbalé ta nonchalance comme une âme en peine. Un tiers de cape par si, une Véronique par-là, trois naturelles de catégorie mais quoi d’autre?

Tu nous carrément gonflé pendant des temporadas entières, à expédier « ad patres » des toros qui n’avaient de défauts que l’orientation de leur oreilles ou de t’avoir fait passer leurs mufles un peu trop près de tes guiboles… Te retirant sous ton ombrelle, la figure bouffie et un cigare dans le bec…

On te dit figura… moi je ne crois pas que tu en soi une! Tu n’as pas le palmarès pour, à vrai dire… pas une seule fois sorti sur les épaules de Madrid en 20 ans de carrière, une petite Porte du Prince à Séville… Même si cela compte peu pour toi tu peux comprendre que l’aficion se pose la question sur le fait que l’on te qualifie de figura del toreo. Tes exigences sont celle d’une vedette oui ça c’est sûr. Non pour moi tu n’es pas figura, juste un torero à part, un artiste, un romantique qui distille son art par intermittence et au gré de son inspiration…

Il y a quelques mois tu annonçais ton retrait du toreo pour une durée indéfinie. Une espèce de dépression, un ras le bol, un trop plein. Comme si tu en avais marre d’être toi-même…

Nous t’avons vu ça et là, traverser le Charco, direction le Mexique voir tes copains œuvrer pour les aztèques touchés par le tremblement de terre. Où courir l’encierro dans les rues de ton village, avec ton style Che Guevara. Tu ressembles plus alors à un marginal, qu’a un torero. Marginal tu l’es, ne le nie pas, car tu nous as habitué à des modes vestimentaires plutôt rococo, voir dépassés, le genre de frusques qui donnent mal à la tête… En fait tu sembles plus original que réellement marginal, dans ta façon d’être, de vivre, d’agir ou de penser, dans ta vision du toreo, du monde en général… Et tellement imprévisible.

Tellement imprévisible que quelques semaines après ton retrait, voilà que tu annonces ton retour… Imprévisible disais-je ? Non ! Tellement prévisible en fait !

Ce sera pour le 14 Mai prochain à Jerez de la Frontera.

Que signifie ce retour ? Est-ce que tu reviens pour tout casser ? Pour donner à l’aficion le meilleur de toi-même, mouiller la chemise quel que soit l’arène, le cartel ou les toros ? Où est ce que tu reviens pour un éternel recommencement, faire du Morante dans le texte et exalter autant qu’irriter de nouveau ?

Au fond de toi tu sais très bien que tu peux toréer tous les toros, que tu n’as rien à envier aux autres, qui trustent comme toi les sièges les plus confortables. Je suis d’accord qu’une opposition commode favorise ton toreo, mais que diable n’as-tu jamais eu ce supplément d’âme ? Rappelle-toi cette faena vibrante que tu as donnée à « Caraceo » de Nunez del Cuvillo en 2011 à Bilbao ! Au depart le bicho t’incommodait fortement et quelle faena tu nous as servi… ou lorsque tu avais résolu l’équation devant « Matematicas », ce toro de Victorino Martin qui ce jour de septembre 2013 à Dax venait de blessé tes deux subalternes, Lili et Paco Pena.

Il est déjà entendu que tu ne te produiras dans aucune arène de première catégorie cette année, hormis Séville, et que tu ne seras pas retransmis à la télé. Il faudra donc se déplacer pour voir Morante. Alors je te le demande, et c’est peut être comme jeter une pierre dans un puit sans fond, mais por dios Jose Antonio, donne à ces gens qui t’idolâtre un peu de cette magie andalouse qui brule en toi !!

On ne te demande pas de nous refaire le coup de la chaise non ! D’ailleurs quelle matinée j’avais vécu ce 23 Mai 2010…

Tu vois Jose Antonio Morante Camacho, les souvenirs de grandes tardes remontent à loin ! 2010,2011 ou 2013… Il est temps de remettre les pendules à l’heure et de dire à tes compagnons de cartel « Accrochez-vous les machos les gars ! » parce qu’aujourd’hui, malgré mon morantisme invétéré je me demande encore :

Mais que reste-t-il de toi Jose Antonio ?

https://www.youtube.com/watch?v=hXI_k7nXTsI

 

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