MÉMOIRES SANGLANTES DE GERONIMO

PAMPELUNE.
Assis à la terrasse de La Perla, l’hôtel mythique d’Hemingway
un vieil homme sanglote en évoquant son passé de coureur d’encierros.
Les plis, les traits, les trous que l’on peut déchiffrer sur son corps cabossé s’appellent Murube, Conde de la Corte, Veragua….
GERONIMO épelle ses fractures comme d’autres déroulent leurs diplômes, les poignets, la clavicule, le nez, les dents, le coude tout a été cassé et recassé par ces fous de taureaux qui remontent les rues de PAMPELUNE tous les matins de la San Firmin.
Ses mains ne ressemblent plus à rien, , une énorme bosse orne son front depuis plus de trente ans et les cornadas font sur ses jambes une résille rose du plus bel effet.
Ancien ouvrier automobile, il s’est mis pour la première fois sur la route d’un taureau en 1914.
Il n’avait que onze ans.

A l’heure où les rues se ferment , où les balcons se chargent, les coureurs s’échauffent sur place.
Un grand silence court dans les rues.
L’angoisse monte.
Les cloches sonnent tout à coup huit heures, dans le corral, la première bombe éclate, suivie de la seconde.
Ça y est, ils sont dehors.
Et vingt mille personnes répètent, ça y est, ils sont dehors.

GERONIMO participa à toutes les encierros jusque dans les années soixante dix, par goût du danger.
Des centaines de fois il a couru avec l’unique ambition d’être le plus près des cornes.
Lorsqu’il décrit les accidents de son corps déglingué, c’est le trajet des encierros que l’on suit, ses coins, ses angles, le tracé de ses rues.

GERONIMO qui buvait du rosé avec Ordonez et Hemingway aimerait bien que quelqu’un écrive sa vie…..