SOUVENIR // ARLES – Miguel Angel Perera

Le 21 avril 2003, Lundi de Pâques, Miguel Ángel Perera, novillero longiligne âgé de 19 ans et originaire du village de la Puebla del Prior, en Estrémadure, participe à Mugron à sa première novillada sur le sol français, un peu plus d’un an après ses débuts dans cette catégorie. Cinq mois plus tard, c’est à Arles que l’apprenti-torero a rendez-vous. Pour la première fois de sa carrière, le jeune Perera sort du long et froid tunnel de l’amphithéâtre romain et découvre une piste inondée de soleil.

En plein cœur de la Feria du Riz, Miguel Ángel est le benjamin d’un cartel encadré par le novillero nîmois Jonathan Veyrunes et la promesse andalouse Manuel Escribano, aux portes de l’alternative. Dans les chiqueros patientent six beaux novillos de la famille Gallon : comme un clin d’œil à la grâce obtenue quatre ans plus tôt à Nîmes par Juan Bautista, le novillo « Tanguisto », 3e exemplaire de la matinée, investit le ruedo arlésien. Il est des signes qui ne trompent point : la douceur dont fait preuve Perera avec la cape interpelle les spectateurs, tout autant que la vivacité avec laquelle le novillo de Gallon charge le groupe équestre.

Appliqué, Miguel Ángel l’est ; toutefois, il ne correspond pas au profil du novillero scolaire qui vient en piste déclamer la récitation de son bagage technique naissant. Les tafalleras liées lors du quite viennent le rappeler. Tout aussi classique et alluré avec la muleta, Perera s’attache à montrer les qualités de « Tanguisto ». De la mobilité chez l’exemplaire aux nobles origines Sampedro et des nuances de volupté dans le jeu poignet d’un débutant fort inspiré…

Les muletazos se déclinent avec une position corporelle qui convainc les aficionados les plus exigeants : Perera torée avec le bassin assis sur les reins, s’expose et prend des risques, quitte à essuyer quelques désarmés ou encore un passage à faux avec l’épée… L’oreille est accordée car dans l’esprit Miguel Ángel a d’ores et déjà été adopté. Un examen de passage réussi et confirmé au novillo suivant : Perera montre son autre facette ; celle d’un novillero ambitieux, qui, genoux en terre, vient défier « Lunero » dès son entrée en piste. Un novillo qui goûtera au toreo de frisson naissant du novillero extremeño : Perera souhaite que ses cambios dans le dos soient les plus accomplis et fassent désormais référence.

Attendre la charge du novillo, changer sa direction au dernier moment, la déplacer derrière le dos sans bouger d’un iota…
Autre signe visible d’un apprenti-torero qui souhaite marquer l’histoire de la tauromachie. Perera et son toreo de longue distance, à la Rincón, enchante l’afición arlésienne, prête à se laisser griser par les aspirations artistiques d’un nouveau Michel-Ange taurin…

Photos : Archives Michel Volle