Actualité d’antan

51ème cocarde d’or

Un très beau raset de Chomel sur Vallespir (Blatère), à Arles le 03/07/82 – Ph. GOUIN

51ème cocarde d’or. La rubrique actualité du Camarguo de Août 1982, N°126. Article rédigé par Marcel POL.

3 juillet 1982, le Mundial et l’épopée de l’équipe de France de football bouleversent le calendrier des courses camarguaises. Et pour la première fois depuis sa création, la COCARDE D’OR a lieu un samedi.  » Enfin un samedi  » disent un bon nombre  » d’afeciounado « . Qui, pour la première fois vont pouvoir aller à cette prestigieuse compétition taurine. En effet, cette Cocarde d’Or avait traditionnellement lieu un lundi. De ce fait, bon nombre d’amateurs de courses camarguaises, au travail ce jour-là, ne pouvaient y assister.

Et voici que cette année, et grâce à l’équipe de France de football, la Cocarde d’Or est programmée un samedi

C’est immédiatement un engouement formidable et ce, d’autant plus que l’affiche en vaut la peine, avec les meilleurs cocardiers de 7 manades des plus réputées.

Jugez-en

  • CAPITOUL de Pierre AUBANEL
  • SAINT-GÉNIES de JANIN
  • SEGREN de GUILLIERME
  • OURRIAS de Jean LAFONT
  • CHARLOT de RIBAUD
  • VALLESPIR de BLATIÈRE, et en supplément
  • MITHRA de FABRE-MAILHAN.

Il y a longtemps que l’on avait vu pareille affiche et naturellement la location des places numérotées est vite liquidée. Les retar-daires se contenteront des amphithéâtres. Il seront quand même très nombreux et, déjà bien avant que ne débute la course, les arènes sont bondées jusqu’au faîte, et c’est l’ambiance des grands jours de la bouvine

Heureusement, pour faire patienter le public et pour donner encore plus d’éclat à la fête, les groupes folkloriques vont défiler en piste avec la Société Musicale de la Vau-nage, les fifres, tambourinaires, mireilles et arlésiennes des Cigalons Arlatens et du Velout d’Arles, plus les gardians de la manade Ribaud en tenue impeccable sur leurs blancs chevaux de Camargue, tridents et bannière au vent. Ce sont alors les premiers applaudissements du public déjà enthousiaste pour saluer la belle tenue de ces groupes en haie d’honneur pour la Capelado des raseteurs où nous regrettons de ne pas avoir vu en tête le vainqueur de 1981 pourtant habitué aux honneurs et aux ovations.

Désinvolture ou modestie ?

Pourtant la tradition nous avait habitué à voir défiler en tête le tenant du titre. A quand plus de sérieux et de tenue pour la Capelado. En respect des passionnés de bouvine qui, ne l’oublions pas, paient pour entrer aux arènes.

Ceci dit, devant l’affluence record de ce samedi 3 juillet aux arènes d’Arles, pourquoi ne pas émettre le vœu de voir enfin programmer la Cocarde d’Or un samedi, pour satis-

faire bon nombre  » d’afeciounado  » au travail le lundi, heureux d’avoir pu enfin assister cette année à cette prestigieuse compétition taurine, vœu d’ailleurs partagé par de nombreux lecteurs qui nous ont fait part de leur souhait pour une Cocarde d’Or le samedi.

51ème cocarde d’or: La course

C’est Capitoul de Pierre Aubanel qui ouvrit les débats devant près de 50 tenues blanches. Tâche ingrate s’il en est, mais Capitoul sut ne pas se laisser submerger grâce à de judicieux déplacements et de vives ripostes. Et pourtant d’entrée, la lutte Christian Chomel – Jacky Siméon devenait d’une intensité peu commune. Cocarde et gland (3 points) à Chomel, coupe et ficelle (3 points également) à Jacky Siméon. Les vedettes annonçaient vite la couleur, mais bien qu’à égalité de points Chomel prenait déià l’ascendant sur Siméon en 3 ou 4 rasets extraordinaires qui ont fait passer le frisson dans l’assistance. Chomel est le plus jeune; il a des iambes d’acier et un formidable coup de rein, et depuis le début de saison il est en grande forme.

2 points de plus à Saint-Géniès, puis 5 points à Segren, le trou est vite fait et à l’entracte avec 10 points Chomel est déjà largement en tête avec 6 points d’avance sur ses suivants immédiats.

Pourtant, Segren n’était pas un faire-valoir ni un de ces taureaux qui se livre faci-lement. Il a le sens du combat; il se garde bien, répond séchement, enferme dangereusement et pousse jusqu’au pourtour. Mais, Chomel le cite remarquablement et enlève 2 attributs sous l’ovation du public.

Déià 10 points et on sait qu’après l’entracte sort Ourrias, la vedette de Jean Lafont, le taureau de Chomel. La suprêmatie du jeune Christian est tout de suite établie. Les raseteurs ne se bousculent pas pour passer, et Chomel en profite pour étaler sa grande classe. En pleine piste, il jaillit du groupe des tenues blanches. Et cite de face son adversaire, en de longs et superbes rasets. La lutte Ourrias – Chomel est magnifique. Et le raseteur provençal s’empare de la cocarde et du premier gland d’un seul coup de crochet. Puis du second gland et de la première ficelle sous la grande ovation du public. 17 points c’est gagné. D’autant plus que beaucoup de ceux qui auraient pu l’inquiéter, n’ont pas la main heureuse en ce samedi 3 juillet.

Seul, le jeune gaucher Thierry Causse, reviendra un peu sur le laeder grâce à une belle réussite. Aux 2 taureaux suivants :

  • Char-lot et Vallespir

Alors que Chomel, déconcentré se contente sans forcer, d’un frontal pour assurer sa victoire. Avec 18 points contre 13 à son brillant second.

Ainsi quand Ourrias rentra au toril sous la grande ovation du public, la Cocarde d’Or 82 était gagnée, et on croyait bien aussi que le titre de meilleur cocardier serait pour le taureau de  » Sainte-Anne »

Mais, c’était sans compter sur Charlot de Ribaud, sorti 5°, extraordinaire de brio et de combativité, dans une lutte ardente des rase-teurs après la crainte inspirée par Ourrias.

Alors pour résister aux cites intéressants des tenues blanches, il fallut à Charlot une énergie farouche et une vigueur peu commune qui ne laissèrent ni le public ni le jury insensibles puisque le cocardier de  » Beauchamp  » reçut une formidable ovation et la Coupe du Meilleur Taureau de la 51ème cocarde d’Or.

Quant à Vallespir, sorti 6° alors que les jeux étaient faits, il eut le mérite d’aller crescendo pour défendre âprement une ficelle primée à 4 500 francs et qu’il rentra au toril après avoir signé de grandes enfermées et de violents coups de barrière, dont un extraordinaire après le raseteur Zerti fortement bousculé – sans mal heureusement, mais avec le bas du pantalon déchiré.

Restait Mithra en supplément, pour départager les arlésiens. Ce fut une ruée favorisée par la facilité du taureau malgré quelques enfermées et 3 ou 4 magnifiques coups de barrière.

Chomel – Ph. GOURGEON

Ainsi se terminait la 51e Cocarde d’Or, marquée par la suprêmatie d’un Chomel irrésistible et l’éclosion d’un jeune talent à ce niveau, le gaucher Thierry Causse, tous deux longuement ovationnés, sans oublier évidemment la course mémorable du cocardier Charlot de la manade Ribaud.