AU CŒUR DES ÉLEVAGES // LA MANADE ALBERT CHAPELLE

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C’est alors qu’il se rend à l’école avec sa mère, à bicyclette, que le jeune Albert, alors âgé d’à peine huit ans, se fait charger par un taureau appartenant à Marius Lescot. Il en perd la parole durant plusieurs jours et développe alors un virus inébranlable : celui de la passion. En grandissant, il se prend aussi d’amour pour les chevaux, qu’il aime dresser à la perfection, se plaisant à les faire cabrer en public, dédiant son chapeau.

Qui n’a jamais aperçu, lors des fêtes provençales, « Bebert » tel qu’il est surnommé, faisant le spectacle lors des abrivados qu’il menait avec panache ? Un sens qu’il tient de ses années de « caballero en plaza ». Vainqueur du Rejon d’Or en 1969 et 1970, il exerçait le toreo avec ses chevaux de travail face à du bétail camargue, ce qui était courant à l’époque, dans des arènes portatives ou de village.

Devenu manadier avec son frère Jean-Pierre, il se concentre alors à l’émergence de réels cocardiers, objectif qui reste prioritaire encore aujourd’hui alors que la manade est désormais entre les mains de son petit-fils Florent.

L’ENVOL AVEC CHAUVET-CHAPELLE

Tout commence lorsque Régis Chauvet et François Chapelle décident de s’associer afin de fonder la manade Chauvet-Chapelle. Ils achètent leurs premiers taureaux et notamment la manade Arc en Ciel. Ayant perdu leur père prématurément, les frères Chapelle, Albert et Jean-Pierre qui étaient encore adolescents, se retrouvent rapidement à la tête du cheptel.

A ce moment-là, le Mas de Pernes, propriété de la famille Chapelle, ainsi que le Mas de Cadenet, alors à Monsieur Chauvet, accueillent l’ensemble du troupeau, qui vit aussi sur des marais et bois à Port Saint Louis, ainsi qu’à Fielouse en Camargue. Ces onze années d’association ont permis l’éclosion de bons cocardiers, par les origines Baronceliennes d’Arc en Ciel, ajoutées à De Montaud Manse (Granon), Raynaud et L’Amarée.

Gendarme entre autres, Boncoeur, ou encore le célèbre Aiguilleur, grand taureau de la manade. Vainqueur de la Cocarde d’Or et de la Palme d’Or 1972, il aurait certainement dû obtenir un Bioù d’Or, à une période où Lafont et Laurent raflaient beaucoup d’importants trophées. Épinal, Saint Louisien, Ramoutcho, Pascaloun puis Balzamo font les beaux jours de la manade Chapelle, qui détenait à cette époque deux royales.

Lors de la séparation en 1969, Aiguilleur et Sant Louisien reste sur le Mas de Pernes, alors qu’une partie des terres est conservée par Régis Chauvet.

AFFAIRE DE CHOIX

Depuis cette époque, de nombreux changements de sang sont opérés. Paul Laurent prête un étalon qui apportera plus de fougue spectaculaire aux produits. Font leur apparition des taureaux comme Bizet ou Vert Galant dans les années 90. Cosaque et Arlaten arrivent un peu plus tard, avant que le fameux Cérès, rude et explosif, ne réveille la manade, participant à deux reprises à la Cocarde d’Or, en 2007 et 2009, et remportant de nombreux trophées.

À 20 ans, il coule des jours heureux à Pernes, entouré de ses congénères. C’est en 2013 que Florent, fils de Nadine, reprend officiellement les rênes de l’élevage de son grand-père. Bercé depuis sa plus tendre enfance par la bouvine, qu’il côtoie au quotidien, il y revient pourtant avec plus de profondeur vers l’âge de 15 ans, avant de débuter des études en Licence de Géographie, souhaitant devenir professeur des écoles « j’ai attaqué ma première année de maîtrise puis, au vu du temps que cela prenait ici, que j’aimais ça, et aussi parce qu’il fallait donner une suite, mes grands-parents étant âgés, il m’a fallu faire un choix. J’ai donc fait celui de la famille et de la passion » explique Florent.

Il commence donc à ouvrir les registres d’Albert, s’intéressant aux anciennes familles, découvrant la sélection et réessayant certaines vaches « si on veut préserver la race, la priorité de base, c’est la sélection pour la course camarguaise et cela me plaît beaucoup » précise-t-il. Des bêtes d’origine Plo ont été incorporées et des étalons de Fabre-Mailhan amènent plus de régularité et de combativité « je recherche plus un côté cocardier, avec du moral, plutôt qu’un gros barricadier. Cependant s’il y a une touche de finition, c’est le plus ! » dit-il. Prince, Tau d’Or 2007 et vainqueur de la finale du Trophée des Raseteurs en 2011, en est le premier témoin.

Lui aussi fini ses jours au mas, même s’il se montre assez filou. Autre descendance de choix, Grazielito, qui se classe à la finale des taus aux Saintes Maries de la Mer. A l’heure d’aujourd’hui, la manade Chapelle peut compter sur des cocardiers tels que Sphinx. Toujours très régulier et plaisant en première partie, Primadié et Mystère intelligents, ou encore Cabanen, Poséidon et Protagoras, complet. La bonne dizaine de cocardiers se côtoie tranquillement sur les terres plus « cravenques » du Mas de Pernes « depuis Prince, ça redémarre, constate Florent. Quelques-uns confirment et j’aimerais essayer de les mettre aux As. Je pense qu’on peut mieux faire.

Mon objectif c’est de retrouver le niveau des années 70. Où on avait des taureaux de grandes pistes et des royales ». Non loin, la petite équipe qualiteuse de vaches cocardières leur font signe. À l’époque d’Albert, malgré la présence de très bonnes vaches, aucune ne participait aux courses leur étant destinées. Aujourd’hui, Florent ne manque pas de faire valoir leurs compétences.

« Je trouve que c’est bien que les vaches soient aussi mises à l’honneur ». Et il ne s’y est pas trompé.

La sœur de Prince, Gazette, petite vache scorpionne au fort tempérament, ramène à la manade ses premiers titres de Cocardière d’Or en 2009 et 2011, et termine à deux reprises meilleure vache de la finale. À 16 ans, elle aussi profite de sa retraite de reine tout comme Désira qui fut très spectaculaire.

Pour autant, la relève est assurée avec notamment Avocette, Octopussy, Cocardière d’Or 2016 et qui rentre souvent sa cocarde. Damisello, Cocardière d’Or 2018, ou encore Canopée, meilleure vache des courses de présélection l’année dernière. Damisello et Octopussy viennent d’ailleurs de participer brillamment à la finale des Vaches Cocardières 2019 à Codognan. Cette dernière ayant été sacrée Cocardière d’Argent. L’espoir est à l’avenir entre les cornes d’une certaine Santa, et de Flora, au comportement prometteur.

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