DÉBAT SUR LES PRÉTENDANTS AU BIOU D’OR 1979

À l’approche du mois d’octobre, et du temps des finales des différents trophées, il est une question qui secoue toutes les têtes et attise les divergences d’opinion : mais qui sera le Bioù d’Or de l’année ? Alors que certains aimeraient voir le taureau de leur manade favorite étrenner la devise bordée d’or, d’autres suivent les courses desdits « prétendants » de près, se concentrent à rester objectifs, ou lisent avec attention les comptes-rendus avisés des chroniqueurs taurins. Une fois n’est pas coutume, voici qu’en 1979 un lecteur de la revue taurine « Camariguo » s’exprimait à ce sujet.

« Au retour au pays et toujours possédé par la Fe di Bioù, j’ai assisté en début à Châteaurenard, à une prestation de PASCALET que je ne connaissais pas. J’ai été séduit par ce taureau que j’ai vu courir avec le même plaisir à Beaucaire, à Saint Martin de Crau, et hier encore, à Vauvert. Le hasard a voulu que je sois placé à côté d’afeciounado qui discutaient passionnément du prochain Bioù d’Or. Il ressortait de la conversation, à laquelle je me suis mêlé, qu’il se jouerait vraisemblablement cette année entre VENTADOUR et PASCALET. Les avis étaient, évidemment, partagés. Mes interlocuteurs s’accordaient pour reconnaître que les commentaires des revisteros comptaient pour beaucoup dans le résultat final. C’est pourquoi, bien qu’accordant à PASCALET la meilleure prestation d’ensemble pour la saison, ils pensaient que VENTADOUR bénéficierait, malgré cela, d’un préjugé favorable auprès des spécialistes et des professionnels en raison de son appartenance à une manade cotée pour ses taureaux et réputée pour l’excellence de ses relations publiques. J’ai eu la curiosité de parcourir la presse régionale et votre revue, pour arriver à un petit tableau qui me laisse rêveur. Si je m’y réfère, il ne fait pas de doute pour moi que PASCALET doit remporter le Bioù d’Or. Je serais déçu et un peu ébranlé qu’il en fut autrement. Je trouve, en effet que PASCALET, cité très élogieusement treize fois pour onze courses, par huit chroniqueurs différents et totalisant au moins vingt-neuf « Carmen » contre cinq répertoriés pour VENTADOUR avec, il est vrai pour ce dernier, une sixième prestation programmée. Mais j’ai cru comprendre qu’un minimum de sept courses était exigé pour pouvoir prétendre au Bioù d’Or. En relisant tous nos revisteros, comparant les louanges consentis à PASCALET, assimilé à un honnête artisan, sérieux dans son métier et les citations courtes et péremptoires consacrant VENTADOUR comme un virtuose, je ressens la présente impression d’un verdict orienté d’avance. C’est pourquoi vous me feriez un réel plaisir en publiant ma lettre dans votre prochain numéro. La notoriété de votre journal rend plausible sa lecture par les membres du jury du Bioù d’Or. Sans avoir, ce faisant, l’outrecuidance de vouloir peser sur l’intégrité de leur jugement, je serais heureux, avant qu’ils le rendent, qu’ils entendent par ce canal mon sentiment que partagent, je le sais, pas mal d’aficiounado. »
Christian ANSALDO (Arles)

Nous saurons par la suite que Ventadour de Lafont fut sacré Bioù d’Or cette année-là, titre déjà obtenu une première fois deux ans plus tôt, en 1977. Pascalet, quant à lui, le sera à son tour l’année suivante, en 1980, ramenant l’unique or à Rebuffat.

Photo E. Grande