LA BRÈVE DU PAPÉ // LEBRAU – Manade Plo

L’ANALYSE DE LOÏC AUZOLLE

Ce taureau était d’une rare qualité. Il a su, très jeune, tenir les planches et exploiter les meilleurs endroits de toutes les pistes dans lesquelles il a pu courir. Il était très agile et surveillait tous les départs. Il anticipait en longeant les planches et pouvait quelquefois finir dans de très grosses actions, comme il a pu le faire à Lunel par exemple. Plus à l’aise dans les pistes ovales ou rondes, qui lui permettait d’avoir plus d’espace pour couper du terrain, il a eu fait plusieurs sorties remarquables. Plus difficile à raseter côté gauche, il en était beaucoup plus leste et délaissera peu à peu le côté droit. Des blessures liées certainement à ses forts engagements à l’arrivée feront qu’il ralentira les éclats spectaculaires au fil de son âge.

MON HISTOIRE

Peut-être que certains d’entre vous se souviennent de moi ! Je fais partie, avec mon compatriote le célèbre « Oundo », des deux seuls anciens cocardiers que mon pélot, Jean-Louis, a gardé sur les terres pour vivre une retraite bien méritée. Il y a aussi le vieux simbeu qui a grandi avec moi. Nous partageons notre quotidien avec un très sympathique lot de vaches mères. Mais laissez moi vous raconter mon histoire…

Avec des origines diverses mais de qualité, la manade me voit naître en 1999 d’une mère de souche Raynaud, et d’un père de souche Ribaud. Je suis alors marqué du numéro 936. Je découvre le sable des arènes pour commencer à Fos sur Mer, face à l’école taurine locale, avec qui nous travaillons beaucoup, nous autres. Je me suis tout de suite montré barricadier. J’ai donc rapidement effectué les courses de ligue puis je suis allé au Trophée de l’Avenir. Je constituais un super trio avec mes potes Kouffa et Léandre. Nous avons d’ailleurs réalisé cette année-là une très importante saison au Trident d’Or. Jean-Louis dit que c’est en grande partie grâce à moi que nous avons accédé à la finale qui se jouait à Vendargues où nous avons été tous les trois Trident d’Argent, de peu de points. L’année d’après, j’ai remporté pratiquement la totalité des prix auxquels j’ai participé : à Caissargues, le premier Trophée Jean Dupuis à Bouillargues, Vendargues, mais aussi le Trophée des Révélations de Lunel. On disait que je prétendais à la finale du Trophée de l’Avenir mais, même si l’idée m’aurait plu, je n’ai pas été pris. Du coup l’année d’après, conformément aux méthodes de la maison, j’effectue une année mixte entre l’Avenir et les As. L’année suivante, à ma grande fierté mais aussi celle de la manade à qui je mets le « pied à l’étrier » comme on dit, je suis retenu pour toutes les grandes pistes. C’était l’année du grand « Mathis » de Lautier, un collègue aussi. Je me montre excellent à Sommières mais aussi à Beaucaire où je fais un gros quart d’heure, j’obtiens aussi le prix du meilleur taureau de la saison dans les arènes de Lunel. Il faut savoir que je tapais très fort contre les barricades et que j’étais souvent en difficulté le lendemain dans mon pré. Il me fallait beaucoup de temps de récupération. A cette période, face à la pression amicale d’organisateurs qui souhaitaient absolument me voir chez eux, et d’autres opportunités importantes, Jean-Louis du faire des choix pour ma carrière. J’enchaîne des contrats dans la foulée, où je fus très bon et rempli d’envie de combattre, mais il dit que c’était la course de trop. C’est vrai qu’ensuite à Beaucaire, j’étais moins dans l’ambiance, en dessous de mes moyens physiques, et j’ai terminé la saison en demi-teinte. Pour autant, je continue l’année d’après avec une fantastique course à Lunel, des arènes qui m’allaient bien finalement, je les adorais. Je suis second à Vauvert mais physiquement je n’y arrive plus, Jean-Louis me voit très affaibli un matin et prend alors la décision de mettre fin à ma carrière. J’ai donc arrêté relativement tôt ! C’est vrai que j’étais très spectaculaire, je me souviens de ma fougue et ma rage de combattre. Je précise que j’avais aussi une belle tenue de piste qui mettait les tenues blanches en difficulté et faisait de moi un adversaire complet.

Mon pélot m’a chuchoté que j’étais le premier taureau de son travail de manadier. Celui qui lui a permis de se faire connaître, de rentrer dans les grandes pistes et de passer ainsi un cap. Je suis tout ému quand je l’entends dire lui avoir fait énormément plaisir et qu’il s’est régalé de me voir courir.