LE RHÔNE : UNE MANADE A PART ENTIÈRE

Nous sommes partis à la rencontre de la manade du Rhône.

C’est tout jeune que Michel Fouque, Montfavétain d’origine, côtois le milieu taurin. Sa mère portait le costume d’Arles et faisait partie du groupe folklorique Lou Riban de Prouvenço. Ainsi, les sorties du dimanche se faisaient en Camargue ou aux courses de taureaux. A l’école à Avignon, il rencontre Jean-François Chapelle avec qui il partage la même classe et passe ainsi ses week-ends au Mas de Pernes, à Saint Martin de Crau, lors des ferrades. Une réelle passion pour les chevaux l’anime aussi et, malgré une petite carrière dans le rugby, c’est aux taureaux qu’il consacrera sa vie.

Raynaud, Espelly et Fabre-Mailhan comme souches d’origine

C’est en 1973 que la manade du Rhône voit le jour, avec l’achat de bêtes à Marcel Raynaud et Albert Espelly. Tel que le nécessite l’entrée à l’association des manadiers, ils seront dès lors les deux parrains de la manade. Des amis, Gérard Fabrigoule et Jean-Marie Applanat en sont les maitres d’œuvre alors qu’en 1992 ils se dissocient. Michel commence à être gardian amateur avant d’en prendre les rênes, en 2006, lorsque Gérard Fabrigoule prend la décision d’arrêter. Il s’associe avec Jean-Claude Applanat et, si Michel gère l’élevage, lui se charge plutôt de la partie technique de l’exploitation. 90 bêtes avaient péri dans de graves inondations en 2002 et des familles complètes de vaches ont été perdues. La sélection s’est reconstruite sur des origines Raynaud et Fabre-Mailhan et c’est environ 180 têtes aujourd’hui qui pâturent sur 45 hectares en bord du Rhône, logique influence de la dénomination de l’élevage. L’îlette à Vallabrègues accueille les cocardiers tandis que d’autres terres à Aramon, en bordure du Gardon entre Montfrin et Comps, en colline à Domazan, en garrigues au-dessus d’Uzès mais aussi dans les marais de Raphèle, font vivre le cheptel sur 225 hectares en totalité.

Un élevage de chevaux camargues

Issu « de l’ancienne école », comme il le précise, Michel s’accompagne de quelques amateurs qu’il aime convier au travail à pied, dans un premier temps, avant de monter à cheval. En effet, « avant, tu ne rentrais pas comme ça, il fallait planter les piquets, pas seulement faire la parade » dit-il. C’est en ce sens que l’on s’acclimate de la difficulté du métier de manadier. Pas de gardian salarié mais de l’aide quotidienne apportée notamment par son cousin, Sébastien « ici, on travaille pratiquement en famille » s’exclame, satisfait, l’éleveur. De nombreuses journées privées avec animation sont proposées durant la saison : laupio et bouvau sont à la disposition de toutes les festivités. La manade réalise des démonstrations de tri et de maniabilité, des jeux gardians, ferrades et vaches dans les arènes. Michel Fouque détient aussi un élevage de chevaux camargues depuis de nombreuses années ; ses produits sont issus de juments d’origine de Montaud Manse et d’un étalon d’origine Yonnet.

La révélation Banaru et l’avenir

Mais l’activité principale de la manade, sans en douter, reste la course camarguaise. Si auparavant la fréquence et le succès n’étaient point au rendez-vous, Michel en a fait son fer de lance et a recommencé les courses de ligue afin d’être sélectionné de nouveau pour la compétition du Trident d’Or. Une compétition notable dont il n’est plus jamais ressorti. Deux participations en demi-finales et une en finale sont au palmarès de la manade du Rhône qui n’en est pas encore victorieuse. Pour autant, l’espoir ne faiblit pas, et cette année voit encore l’élevage jouer sa place en seconde série. Le trio Titan, Mirador et surtout le sérieux Champollion, viennent de se distinguer à Saint Etienne du Grès. Mais c’était Lavandin qui avait commencé à faire parler de la devise aux couleurs de vert et de violet avant de finir vainqueur de la finale des ligues PACA à Fontvieille. Peu de temps après, un taureau aux grandes cornes en forme de lyre deviendra sa locomotive. Aux essais fréquents en école taurine, Banaru ne cesse de visiter la contre-piste tellement que son propriétaire n’envisage pas de le conserver. C’est lors d’une course de lutte contre la mucoviscidose, organisée à Montfrin par Ludovic Zerti, que le jeune taureau se révèle soudainement en signant de grosses anticipations « on l’a découvert ce jour-là, j’étais moi-même très surpris » se souvient Michel. Incontestable gaucher, Banaru fait sa place au Trophée de l’Avenir et se voit sélectionné pour la finale à Istres en 2013 où il emporte le Bioù de l’Avenir, faisant la joie de son manadier. Aux As, il s’octroie le Muguet d’Or à Beaucaire, le prix de la Féria à Arles en 2015 et fait son entrée à la finale des As à Nîmes en 2016 où, excellent cocardier, il prétend au prix du meilleur taureau de la journée. Au mental plutôt lunatique, se montrant tantôt impliqué, tantôt nonchalant, « c’était quelqu’un de difficile à suivre » souligne Michel le personnifiant spontanément, Banaru fait ses adieux il y a quelques mois à Montfrin, dans les arènes qui l’ont vu éclore. Malgré une volonté encore certaine, son pélot sentit sa lassitude et préféra mettre un terme à sa carrière « il a donné ce qu’il avait à donner à la manade ». C’est donc sur les Briançon, Brindis, l’incroyable de méchanceté Chardon, Mirador ou encore Champollion, que les beaux jours de la manade, dont les pensionnaires se distinguent de leurs anticipations, sont encore assurés. Non adepte de l’appellation « petite manade » Michel compte bien permettre à ses cocardiers de satisfaire le public « c’est compliqué de se faire une place mais on va continuer, s’accrocher et en espérer un peu plus ». D’autant plus que la manade, qui a vu le jour il y a 45 ans, en a largement la capacité.

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