LA RICHESSE DE LA MANADE PLO

Manade Plo une manade importante du paysage camarguais

Avec plus de soixante et dix sorties par an depuis quelques années, et une importante vingtaine de cocardiers à haut niveau (As et Avenir), la manade Plo affiche une présence solide et de qualité en course camarguaise. Mais c’est sans oublier son élevage de chevaux Camargue. Bien dans le type de la race, et souvent très prisés des particuliers comme des professionnels. Deux productions de réussite, nées de la passion d’un homme, qui ne se destinait pourtant pas au métier. Immersion totale, au cœur de la manade arlésienne aux doubles atouts.

L’ÉLEVAGE DE CHEVAUX

Bercé au Mas de Ponteves, qui n’était alors qu’une terre agricole de vignes et de culture du riz, le jeune Jean-Louis, passionné des chevaux, se voit offrir un poulain et commence sa vie de cavalier. Puis, il parvint à acheter deux juments de Fanfonne Guillerme et débute alors un petit élevage, complété par la suite avec des pouliches de Coco Gleize, d’origine Puech, Yonnet mais aussi Laurent. Il commence à participer à des concours et les résultats se dessinent très rapidement : Druide puis Isatis du Sambuc remportent le prix François André, distinction suprême du championnat de la race Camargue, et Tadorne du Sambuc, alors descendant direct du célèbre cheval des Marquises prénommé Esterel, s’affirme comme un étalon de choix.
L’élevage compte aujourd’hui une centaine de chevaux et produit une vingtaine de poulains par an. Et si les mâles trouvent rapidement d’heureux propriétaires, les femelles ne sont pas en reste. D’autant plus que Jean-Louis vise pour elles, la discipline de sauts d’obstacles qui présente plus de débouchés. Les « Plo », communément appelés, restent des chevaux de caractère, proches du modèle d’origine, polyvalents. Mais avant tout chevaux de travail « chez nous, ils naissent et vivent avec les taureaux et je pense que cela doit avoir une influence sur leur caractère » affirme Jean-Louis.
Effectivement, ici, blancs et noirs se confondent « c’est aussi par simplicité, on travaille beaucoup par lots, aussi bien les taureaux que les chevaux, et ça me permet d’avoir moins de barrages et de clôtures ». Les périodes d’arribage se passent très bien, même si les juments se montrent dominantes « ce sont elles qui mangent les premières ! » remarque l’éleveur.
LA MANADE DE TAUREAUX
Sans la moindre intention d’être un jour manadier, Jean-Louis Plo souhaitait au départ des vaches « surtout pour s’amuser à cheval ». Alors gardian amateur à la Tour du Valat, il ne sut plus où aller lorsqu’Albert Espelly prit sa retraite « j’ai donc décidé d’acheter quelques vaches » raconte-t-il.
Des opportunités se présentent, telle celle d’acheter des bêtes aux frères Raynaud, alors que son beau-frère travaillait, par pur hasard, juste à côté. « J’avais déjà les chevaux, je me suis laissé prendre au jeu, et les premières vaches sont arrivées en 1985. C’était sans prétention car je n’ai même pas regardé les origines » se souvient-il.
Pour autant, certaines, pleines, donnent très vite naissance à des veaux, que Jean-Louis décide d’essayer en course. L’un d’eux se révèle et fait carrière, un certain « Manolo » : « c’est le premier taureau de la manade. Mais je n’en parle pas souvent, le mérite revient aux Raynaud et non à moi » avoue-t-il. Un taureau dangereux qui blessa un grand nombre de raseteurs, et amène la jeune manade de dix têtes en finale du groupe 2. Puis, tout s’enchaîne, Georges Ribaud a besoin de montures, achète des chevaux et propose à Jean-Louis Plo de lui prêter un étalon et de lui vendre des vaches. Le cheptel s’agrandit alors.
Quelques bêtes de Guillerme viennent en pension et la facture se règle en vaches de plus « ça me suffisait » dit Jean-Louis. Pour autant un jour de course, aux côtés de Bernard Lagarde, celui-ci lui confie avoir une bonne vache mais fuyarde : elle arrive à Ponteves. Au fur et à mesure, le fond de race de Jean-Louis Plo nait et développe des qualités incontestables en piste.
Sa recette ? Elle est unique ! « Des gens m’ont beaucoup aidé et appris, je pense à Georges Ribaud et Jacques Espelly. Je me suis beaucoup appuyé sur ce qu’ils m’ont dit au sujet de la sélection des reproducteurs à utiliser, et ça a toujours bien fonctionné ». Au début des années 2000, la manade fait son entrée dans la compétition du Trident d’Or avec un trio brillant composé de Kouffa, Léandre et du fameux Lebrau « c’est le premier taureau de mon travail, qui m’a permit d’entrer dans les grandes arènes et de passer un cap ». Alors Trident d’Argent à la suite de la finale face à Lagarde, Plo réitère et parvint à le gagner en 2011. Des étoiles comme Leventi, qui ramène la Palme d’Argent, mais aussi la belle génération des O avec Organdi et surtout le très spectaculaire Oundo.
« Ce qui est important, c’est d’avoir un renouvellement »

Les cocardiers de la manade Plo

Avec deux lots de taureaux dits « cocardiers », classés par âge mais aussi par qualité, la manade Plo est de celle qui tourne le mieux en course camarguaise. Aussi bien en Provence, dont elle est originaire, qu’en Occitanie « de fidèles amitiés me permettent d’être partout » reconnait Jean-Louis, « et puis, avoir toujours un taureau qui émerge a permis de garder des contacts comme Beaucaire ou Lunel par exemple ». C’est donc, un privilège face auquel il garde beaucoup d’humilité « on n’est pas à poste fixe, il faut aussi avoir les taureaux pour y aller.
J’ai de la chance
En outre, je ne pense pas que ce soit seulement par amitié mais aussi par rapport à la qualité des taureaux. C’est pourquoi, j’ai la chance d’avoir les deux, cocardiers et barricadiers. Trois lots de vaches avec trois étalons tous les ans, me permettent de ne pas mettre les œufs dans le même panier et d’essayer de faire en sorte que ce soit différent. Cependant, ce qui est important, comme disaient les vieux manadiers, c’est d’avoir un renouvellement, sans s’arrêter sur les acquis, et toujours travailler pour la suite » explique le pélot.

Aujourd’hui, ce n’est pas moins d’une douzaine qui est aux As.

Dont la grosse génération de Triton, composée de Tamarin, du fantasque Targueur, de l’excellent premier Teissoun mais aussi de Trifis « ils ont éclipsé d’autres taureaux qui avaient aussi beaucoup de qualités » affirme Jean-Louis. Il y a également Ursin, le vainqueur de la finale des ligues en 2014, Vino, aux coups d’éclats généreux, puis Armagnac, Anis… Le même nombre concourt au Trophée de l’Avenir avec notamment les trios qualiteux des Trident d’Or 2018 et 2019 et surtout Banyuls, qui pose de nombreuses difficultés aux tenues blanches, tout en clôturant de belle manière. A ce beau cocktail, s’ajoute la quarantaine de taureaux jeunes qui, pour le moment, évoluent en emboulés et courses de ligue. Un tau se distingue, c’est celui qui a remporté la finale des taus catégorie 3 ans aux Saintes Maries de la Mer « on compte beaucoup dessus » précise le manadier.
« J’étais éleveur de chevaux avant d’être éleveur de taureaux »
Le blanc pour le cheval
Le noir pour le taureau et le rouge pour la piste, telle est la composition de la devise de la manade Plo. Á chaque troupeau sa marque à feu, mais un point commun, les appellations, qui suivent un ordre alphabétique défini « j’étais éleveur de chevaux avant d’être éleveur de taureaux. Les haras nationaux imposent une lettre par année de naissance, comme pour les chiens. On a trouvé ça très bien de le faire également pour les taureaux car ça permet, par leur nom, de connaitre leur âge » explique Jean-Louis. Ainsi, tous les taureaux qui commencent une carrière sont prénommés, mais toujours différemment des petits crins blancs. Une recherche qui est double « le nom doit correspondre à la lettre mais aussi à leur famille ! » car, pour couronner l’ordre, des thèmes de lignées sont respectés comme, entre autres, les bateaux, ou les alcools. L’absence d’escoussures et de marque sur la cuisse leur donnent, d’ailleurs, un air plus « authentique ».

UN COPIEUX CHEPTEL

Enfin, environ 800 hectares accueillent les troupeaux auxquels s’ajoutent différents marais en Camargue. Un peu plus de 400 taureaux y mènent une vie quasi sauvage « on a réduit un peu » précise Jean-Louis en souriant. Car l’importante quantité de têtes reste un choix rendu possible par l’espace disponible « il faut donner la priorité soit à la culture, soit à l’élevage car ça me parait compliqué de faire les deux à la fois. On a donc décidé d’augmenter le cheptel pour occuper la surface et ne faire que ça ».
De plus, cela permet à l’éleveur de jouer sur trois tableaux : les sorties en courses camarguaises, la production de viande et les aides européennes : un bénéfice financier non négligeable. Toujours en réflexion constante de diminuer le bataillon, Jean-Louis Plo préfère autant rester dans le « Camargue » plutôt que de développer autre chose. Un troupeau de moutons vient aussi compléter l’activité qui ne se veut pas être, pour le moment, touristique.

Cependant, les difficultés augmentent

Et en première ligne, le contexte actuel de la course à la cocarde : des spectateurs de moins en moins nombreux, une réduction du nombre de courses organisées et de plus en plus de manades « non-professionnelles » : « Beaucoup ont une manade par loisir et n’ont donc pas les mêmes obligations que nous qui devons en vivre. La concurrence est presque déloyale car elle n’a pas la nécessité de sortir des taureaux et les loue à prix très compétitifs. Une aubaine pour les organisateurs qui traversent aussi de graves difficultés ».
« Si un taureau est autonome dans le pays, il l’est aussi en piste »

Les anoubles de la manade Plo

Ainsi, chaque automne, les anoubles partent au marais, quand les doubles en reviennent, et pareil pour les poulains. Un procédé important de son élevage que Jean-Louis explique « cela permet d’avoir moins de bêtes sur le mas pendant la saison des courses, et ça leur donne aussi un certain caractère puisqu’ils retrouvent leur aspect sauvage ». Livrés à eux-mêmes, cette rotation permet de favoriser leur autonomie « les animaux apprennent à résoudre les problèmes tout seuls. Si un taureau est autonome dans le pays, il l’est aussi en piste et cherchera la meilleure solution ». Forcément plus sauvages à leur retour, Jean-Louis Plo essaie de développer leur rusticité qui est en train de se perdre chez les taureaux comme chez les chevaux « aujourd’hui, on rend les bêtes plus manso à mon avis ».

UN TRAVAIL EN COMMUN

Si ses deux fils, Florent et Pascal, se sont destinés à d’autres horizons professionnels, la petite dernière, Céline, ne manque pas une occasion de participer au tri des cocardiers et demeure attachée à la manade. Mais elle n’est pas la seule à apporter son aide, « Sans ma femme, rien n’aurait été possible. Elle ne monte pas à cheval mais elle fait tout le reste du travail, ce qui est déjà beaucoup » tient à souligner Jean-Louis. Une dizaine d’amateurs vient participer au travail, aux côtés du gardian salarié, Rodolphe Bantzé. Arrivé fin 2014, il s’occupe de la gestion des camions, des cavaliers et de la relation avec les organisateurs. Par ailleurs, au sein d’une très bonne relation. Il est un soutien inconditionnel du manadier. « Jean-Louis me fait confiance sur le jugement des taureaux puisqu’il ne peut pas tous les voir évoluer.

Il me demande son avis

De plus, il m’intéresse à la sélection, me demande mon avis même si c’est lui qui finit par trancher » reconnait Rodolphe. « Je suis passionné de génétique. Il a sa formule, je ne sais pas si elle est magique mais, en tout cas, elle fonctionne bien. En plus, j’ai pas mal de liberté, il me fait confiance sur le travail du fourrage, le travail sur le mas. Il me laisse améliorer la manière d’arroser par exemple : ce n’est pas grand-chose mais j’apprécie beaucoup » dit-il. Une équipe garante de la pérennité de l’élevage, qui a encore de belles pages à écrire sur le sable des arènes.

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