PAR UN CRIMINEL HIVER DE 1929…

Parmi les histoires anecdotiques de Camargue, il en est une qui a marqué l’ensemble de toute une génération de professionnels de la bouvine. Le grand froid de l’hiver 1929.

Il fut l’un des plus terribles, mais aussi le plus dramatique, puisqu’il enregistre la perte de nombreuses bêtes. À cette époque, les manadiers Granon et Blatière laisse pâturer un lot de taureaux ensemble sur le mythique Bois des Rièges, situé au Sud de l’Etang du Vaccarès, en plein cœur de ce qui est aujourd’hui l’actuelle Réserve Nationale de Camargue. Près de 100 têtes sont alors sur les Lionnes, une hauture encerclé d’eau, celle de l’Etang du Lion.

Alors, par un 13 février de l’an 1929, un froid glacial s’installe pour plusieurs jours. Le vent se lève, la nature gèle, l’eau devient glace… et les taureaux de se retrouver alors prisonniers, sans eau, ni abris. En effet, les Lionnes ne sont pas aussi protégés que le bois qui présente, de plus, quelques petits points d’eau douce. Si l’homme ne faisait pas « gaser » les bêtes jusqu’au bois, celles-ci ne traversaient pas la glace.

Cette année-là, la totalité du troupeau périt de froid et peut-être bien de soif. D’après les dires, il s’agirait là d’une « faute professionnelle » communément appelée de nos jours. En effet, ce drâme serait la conséquence d’une discordance entre le bayle gardian de Fernand Granon, dit « Paulin », et un certain « Baptistou », qui serait aujourd’hui considéré comme l’amateur de la manade. Granon ayant demandé le déplacement des bêtes, ceux-ci, par manque de communication, préoccupés par leur désaccord personnel, ne se serait que peu soucier du sort du cheptel, oubliant d’anticiper les conditions météorologiques, et prenant soin de transhumer tout le monde.

Une autre version raconte que ce serait les volontés d’une femme, désirant plus de bois pour se chauffer, qui aurait retardé le soin des bêtes. Une histoire déplorée avec grand regret par Fernand Granon, dans une lettre du 29 mai 1960. Un fait dont tous les anciens, encore présents, se souviennent, tant il avait chamboulé les esprits.

Une issue tragique, qui rappelle au combien la Nature demeure sauvage et souveraine.