SEGREN, le cocardier de la grande dame de Camargue

Tête fiere et portée haute, Segren le grand cocardier né dans les prés de Signoret faisait la fierté de ses pelots de sa manadière, la célèbre Fanfonne Guillerme, la grande dame de Camargue

Baptisé par les frères Espelly en l’honneur d’une fanfare d’Uchaud, Segren est né un 24 mai 1971 de la vache Magali de pure race Baroncelli et de l’étalon Romarin, fils de Mimosa, la meilleure cocardière qu’ait connue la manade.

Segren à des bonnes origines, est bien fortement “enbanné” et il a du sang comme on dit en Camargue. Du gaz.

S’il fut un immense cocardier, Segren initia ses premiers pas en piste lors d’une capea, âgé de deux ans et demi, et s’y montre particulièrement vaillant. Nous sommes à Montluçon, loin du Cailar, en septembre 1973.

En 1974, il retourne dans des arènes démontables le 26 mai à Clermont-Ferrand où il est travaillé par le caballero Roland Durand et fait preuve de beaucoup d’allant et de hargne.
Segren a plus de trois ans et il va être désigné pour la première fois pour une course à la cocarde le 18 août 1974 aux arènes d’Uchaud. Il fait honneur au nom qui est le sien et démontre réelles qualités face aux tenues blanches. En aout il marque les esprits à Saint-Laurent-d’Aigouze et est intégré en 1976 aux cocardiers concourant pour le trident d’or.

En 1976, Segren confirme les espoirs placés en lui, devant l’un des toros les plus prometteurs de la devise azur et or. Il participe à la finale du Trident d’or puis en 77 à celle de l’avenir, à Beaucaire, et se classe second.

Taureau intelligent, Segren, commence dés 1978, a affiner son sens du combat, alors qu’il forme la grande royale de l’époque. Vif et attentif, il analyse clairement les rasets et riposte vivement aux cites des tenues blanches.

En 1979 et 1980 il court jusqu’à huit fois par temporada, et remporte de prestigieuse distinction comme celle du meilleur cocardier du Trophée de la Mer au Grau du Roi.

En 1981 Segren court neuf fois et participe aux plus grands concours de manades. Tout au long de l’année il fait grandement honneur à sa devise, surtout le 6 juillet à Arles où il fait merveille et obtient à l’unanimité le titre de meilleur cocardier de la 50ème Cocarde d’Or.

Segren est désormais intraitable. Jacky Siméon en fait les frais à Lunel, se faisant malmener et blesser par le cocardier du Cailar. Malheureusement en fin de saison, un mauvais coup de crochet le blesse à l’œil droit et il doit être soigné pendant trois mois mais reste handicapé de la vue.

Il entame la temporada 1982 de façon tonitruante. Au Grau du Roi il poursuit Gerard Barbeyrac pour un coup de barrière monumental et blesse le raseteur à la cuisse. Segren est craint, il en impose aux tenues blanches qui n’ose que guère l’approcher. Ce qui nuit un peu à son rendement en piste.

Segren pulvérise tous les records. Il réussit ce véritable tour de force qu’aucun grand cocardier n’a encore égalé : gagner la même saison les trois grands Trophées des compétitions camarguaises. On lui décerne le 16 octobre de “Diplôme d’Or de l’Aficion”.

La consécration arrive en 1983. Il manqua certes quelque peu d’adversaires mais sa tenue de piste fait merveille et pour Jacques Espelly c’est le ” sans faute “. Alors le 2 juillet à Arles pour la Cocarde d’Or, Segren arrive dans la plénitude de ses moyens physiques. La lutte en piste est acharnée, Segren devant plus de 50 hommes en blanc, a élargit le cercle autour de lui. Seul Siméon et Chomel semblaient en mesure de le défier. Sa course est remarquable et il regagne le toril sous la grande ovation du public, ovation qui redouble de ferveur et d’enthousiasme quand le micro annonce que le jury vient de lui décerner le titre de meilleur cocardier de cette Cocarde d’Or 83.

C’est la grande consécration d’un grand cocardier à la carrière régulière et exemplaire. Un grand cocardier au sens concret du terme qui fera ses adieux au pistes à Saint-Gilles le 1er novembre 1983 après avoir glaner pas loin de quinze récompenses durant sa brillante carrière.

Segren s’éteindra le 5 mai 1984, au Domaine de Praviel, victime d’un coup de corne d’un étalon nommé pinceau. Sa propriétaire, l’illustre Fanfonne Guillerme dira plus tard “Jamais je n’ai pleuré pour un animal. Là, je n’ai pas pu me retenir…”